Françoise TENZER - Oeuvres Graphiques

Date: 
Jeudi, 9 Février, 2017 - Samedi, 18 Février, 2017
Vernissage: 
Jeudi, 9 Février, 2017 - 18:00 - 21:00

Ce sont les crayons, fusains, pastels gras et encre de Chine sur papier Steinbach qui dominent dans l’œuvre de Françoise Tenzer.

Elle excelle à les décliner en subtiles tonalités du gris sombre au gris-perle, en passant par les infinies nuances du blanc au beige.

Les dessins sont scandés de masses sombres, de réseaux et sillons arachnéens. Une écriture toujours fiévreuse, libre et vive.

L’artiste dit avoir « circulé sur la feuille » à la manière de « marivaudages abstraits ».

Comment ne pas songer à un Twombly ou Tobey chez qui les effacements ont valeur de silence ?

Ils laissent affleurer l’essentiel dit l’artiste.

La grande personnalité de l’œuvre réside indiscutablement en ce climat tout particulier qu’elle dégage. Celui de l’orage.

La trame du papier devient conductrice d’éclairs véhiculant une…haute tension chargée de mystère.

L’alacrité des traits est celle des éclairs: ils lacèrent littéralement le ciel de papier. Cela tonne, cela éclate…

Nombre de compositions vont encore au-delà. Elles résonnent authentiquement d’une respiration comme haletante ou d’un cri instinctif. Celui-ci culmine en mots tracés d’une écriture fébrile : « Moi », « Rien », « Le mur ».

Les traits réalisés encore il y a peu en continuité sont désormais déchiquetés…

Si l’artiste s’est longtemps attachée à décomposer les gestes du corps –à peine suggéré- en captant  les membres dans la fugacité de leurs  poses et mouvements (peinture de l’état du corps), la démarche actuelle renvoie plutôt à la dramaturgie d’un corps en souffrance.

Aujourd’hui, plusieurs travaux –jamais dévoilés à ce jour- relèvent de l’univers élémentaire du graffiti et de l’art brut dont le photographe Brassaï a assuré un spectaculaire inventaire photographique.

Proche aujourd’hui de ce monde habité de primitivisme, Françoise Tenzer dit  la vie secrète des graffiti jette sans doute une lumière sur ces obscurités de la pensée primitive.

Comme les griffures, entrelacs de cryptogrammes, autant que les traces, signes ou vestiges de fossiles sur les parois rocheuses, les tracés renvoient à une vie disparue, aux cicatrices, voire aux blessures ouvertes. Autant de souvenirs de l’existence et le retour voulu à l’origine ?

D’autres entités apparaissent comme lardées de brun sombre ou de rouge sang ; un fusain noir gras leur offre parfois un onctueux contrepoint.

Que dire despaysages à moinsqu’il ne s’y dévoile  des corps dans toute leur animalité ? Des œuvres imaginaires, faussement abstraites, et qui révèlent le caractère inachevé d’histoires se dérobant au regard.

Particulièrement éloquente,  une toile maculée de tons de minerai – inédite- est traitée à la poudre de pierre bleue et colle.

Dans la même intention, un diptyque sur papier « noir de noir » évoque la percussion de deux couches tectoniques. Le papier froissé et arraché à la base de l’œuvre, à lui seul, porte son poids de non-dit.

C’est l’élément-terre du travail de Françoise Tenzer.

L’exposition, poignante à certains égards est riche en portée symbolique. Elle se veut délibérément campée autour d’un état de l’âme –et du corps-

L’observateur s’y trouve renvoyé à sa part la plus intime.

Michel Van Lierde Janvier 2017.