Françoise TENZER, Oeuvres Graphiques

Date: 
Vendredi, 6 Décembre, 2013 - Samedi, 14 Décembre, 2013
Vernissage: 
Jeudi, 5 Décembre, 2013 - 18:30 - 22:00

Ce que nous savions de l’œuvre de Françoise Tenzer nous renvoyait pour beaucoup jusqu’ici à ses traitements « noir de noir », dignes cousins des papiers du grand Gerhard Richter présentés notamment à Paris l’an dernier.

Techniquement, le support est constitué pour la plupart de papier Steinbach.

Les mediums : crayons, fusains, pastels gras et encre de Chine permettent de subtiles déclinaisons du gris sombre au gris-perle, en passant par les infinies nuances du blanc au beige.

L’usage mesuré du « gesso » (un enduit à base de plâtreet de colle animale) et de l’acrylique apposé au frottage facilite le travail à l’estompe.

Ceci importe car il s’agit de « laisser affleurer l’essentiel » dit l’artiste.

Des œuvres fécondes pour leurs « climats ».

Ainsi celui de l’orage.

La trame du papier devient conductrice d’une énergie, d’une mystérieuse tension… Electricité ?

Tels des éclairs, certaines lignes, avec l’alacrité de leur trait, lacèrent la voûte chargée d’un sombre ciel pictural.

Aussi, cela « tonne » ou « éclate ». Respiration haletante ? Cri ? Quelque chose d’instinctif que l’on ne se limite pas à voir, mais à ouïr…

D’autres « paysages » rappelaient la brûlure du feu ou, tout autrement, des univers aquatiques.

Simples images pour décrire une peinture de l’état d’âme  qui renvoie à quelque chose qui existe en dehors du tableau et qui y pénètre confusément entraînant l’observateur dans son sillage.

 

De nouveaux dessins à l’exposition voient se multiplier, parmi les masses picturales toujours bien présentes, des  réseaux arachnéens, des sillons en alternance de traces multiples. Une écriture toujours fiévreuse, libre et vive.

Pour nombre de crayons, Françoise Tenzer nous a dit avoir « circulé sur la feuille » à la manière de « marivaudages abstraits ».

A rapprocher d’un Twombly ou d’un Tobey chez qui les « effacements » ont valeur de silence ?

« Ils laissent affleurer l’essentiel », dit-elle.

Il y a chez l’artiste une volonté déclarée de décomposer les gestes, de capter les membres dans la fugacité des poses et mouvements. Il s’agirait ici d’une peinture de l’état du corps.

Pour cette forme de créations, l’artiste procède par écriture plus légère, voire automatique. Sur certaines zones du support, c’est directement à la main qu’elle marque le terrain. Il s’agit de « salir la couleur avec les doigts » dit-elle, et ce,  « pour la rendre plus vivante ». En contrepoint des noirs plus voisins ici du brun sombre, des gris et des beiges, des touches rouge-sang accentuent de-ci de-là la sensualité des compositions.

Un travail qui ne se satisfait  pas d’une interprétation hâtive car il tire sa force de l’introspection, de la mémoire d’émotions occultes. Des œuvres faussement « abstraites » car elles révèlent le caractère inachevé d’histoires qui, en se dérobant, invitent l’observateur à en « creuser » les racines.

Michel Van Lierde