Enrique KARABITIAN . Peintures-dessins-sculptures

Date: 
Samedi, 10 Décembre, 2016 - Samedi, 7 Janvier, 2017
Vernissage: 
Samedi, 10 Décembre, 2016 - 16:00 - 19:00

Enrique Karabitian (1943) est un artiste-peintre et sculpteur d’origine arménienne et argentine.

Cet habitué des grands espaces du Cône sud est géologue de formation et n'a cessé dans son œuvre de se référer au Corps et à la Nature en ce qu'ils ont d'intrinsèquement lié par essence. C’est le thème platonicien de l’Idée fondatrice qui les sous-tend, qui les porte tout en les dépassant.

Cette Idée correspond à celle de Gaia-Gè, déesse de la fertilité, la première créature à naître du Chaos primordial. Enigmatique, et sans visage, ses traits sont ceux du monde ; elle porte en elle la virtualité de toutes les formes possibles. Le Corps et la Nature en sont les enfants.

Cette dimension spirituelle est au cœur de la démarche d’Enrique Karabitian. L’acte de créer se voit ainsi conférer une dimension d’acte de foi et de respect pour l’environnement du genre humain.

Dans ce sens, Rilke a cette phrase dans ses « Lettres à un jeune poète » : Nous avons été placés dans la vie comme dans l’élément qui nous convient le mieux. Une adaptation millénaire fait que nous ressemblons au monde, au point que si nous restions calmes, nous nous distinguerions à peine, par un mimétisme heureux, de ce qui nous entoure. ».

Tel est bien l’esprit des pièces exposées lors de sa présentation « Corpus » en 2008 en la Cathédrale des Saints Michel et Gudule. Il en va de même pour son œuvre  « El Encuentro » (la Rencontre) installée sur l’autel principal de l'Eglise Onze Lieve Vrouw d'Assebroeck, à Bruges depuis 2003.

Les bronzes à la cire perdue, la pierre et la terre-cuite sont ses matériaux de prédilection, et plus récemment il réalise en « plasticrète » des croquis pour les cires qui deviendront des bronzes à la cire perdue.

Corps et paysages ne sont pas traités dans le respect servile de leurs contours ou des ombres et lumières jouant sur leurs profils. Il s’agit plutôt de mettre en avant la résonnance de l’entité campée dans son contexte (mettre à nu ce qu’elle dégage elle-même, dit l’artiste). Murmures ou cris ? Vrombissements minéraux ou bouillonnements volcaniques ?

Les mains travailleront volontiers en courbes, en ronds de bosse et sinuosités suggestives d’un monde en train de naître et de se faire…L’aspect brut du rendu renvoie à un devenir que l’artiste veut mouvant. Toujours en gestation. A l’image sans doute de l’âge atteint dans une vie ou de l’état –éphémère- d’un lieu donné. Intentionnellement, figure humaine et paysage ne se distinguent guère dans leur aspect formel, composantes fusionnelles qu’ils sont du monde en symbiose de Karabitian.

Sur papier, la préoccupation liée à la fluidité indispensable aux compositions se traduit dans des dessins au fusain, au pastel, à l’aquarelle, ou huiles apposés sur des fonds traités à la caséine. L’huile joue à plein sur les toiles travaillées en transparences et glacis. Les couleurs de terre prévalent : grège, brun, gris. Les à-plats, griffures et lignes répondent aux masses.

Dans sa quête à saisir l’essence même du Corps ou du Paysage, et au-delà de leurs multiples incarnations, Karabitian a opté pour les « séries », à la manière des « Têtes » d’un Giacometti. Tel sera le cas des « Torses », notamment.

Une manière respectueuse de fixer un tant soit peu quelque peu l’apparence des choses…

Michel Van Lierde Octobre  2016